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Arnaque crypto au Cameroun : où porter plainte et quoi faire tout de suite

Si vous venez de vous faire arnaquer avec des cryptomonnaies au Cameroun, faites deux choses aujourd'hui : déposez plainte au commissariat ou à la brigade de gendarmerie, et publiez les adresses de portefeuille qui ont reçu vos fonds.

La plainte ouvre l'enquête judiciaire. La publication de l'adresse agit immédiatement : elle devient visible pour les équipes conformité des plateformes d'échange, pour les enquêteurs, et pour la prochaine personne à qui on servira le même montage. Aucune des deux ne dispense de l'autre.

Tout ce qui suit se joue dans les premières heures : tant que les fonds n'ont pas été dispersés, un blocage reste possible.

L'essentiel

  • La plainte se dépose dans n'importe quel commissariat de police — la police nationale relève de la Délégation générale à la Sûreté nationale (DGSN) — ou dans n'importe quelle brigade de gendarmerie, ou par écrit auprès du Procureur de la République près le Tribunal de Première Instance de votre ressort.
  • L'ANTIC, via son CIRT, reçoit les signalements — l'arnaque aux faux investissements et la fraude par Mobile Money sont sur sa liste — mais elle n'ouvre pas d'enquête pénale et ne récupère pas de fonds. Son signalement ne remplace pas la plainte.
  • Détenir ou acheter des cryptomonnaies n'est pas une infraction pour un particulier au Cameroun. La décision COBAC de 2022 s'adresse aux établissements assujettis à la COBAC, pas à vous. Vous êtes victime, pas complice.
  • Le numéro mobile money du bénéficiaire est votre pièce la plus exploitable — souvent mieux qu'une adresse crypto. L'identification des abonnés est obligatoire, et la DGSN a signé en janvier 2026 une plateforme de vérification biométrique des abonnés mobiles.
  • Sans adresses de portefeuille, hash de transaction et captures, votre plainte reste une déclaration sans dossier.

Les premières heures

N'envoyez plus rien. La plupart des victimes font un dernier versement parce qu'on leur réclame des « frais de retrait ». Cet argent ne revient jamais : il confirme aux escrocs que vous êtes solvable.

Ensuite, dans cet ordre :

  1. Relevez les adresses de destination et le hash (TXID) de chaque envoi. Ils sont dans l'historique de votre portefeuille ou de votre plateforme d'échange. C'est la pièce centrale du dossier.
  2. Capturez tout avant que ça disparaisse. Conversations WhatsApp et Telegram intégrales, profil de la personne qui vous a approché, site de la plateforme, tableau de bord de vos prétendus bénéfices. Ces sites ferment en quelques jours.
  3. Prévenez votre opérateur mobile money, et votre banque si un virement est intervenu. Notez le numéro du bénéficiaire et la référence avant d'appeler, puis demandez le signalement du numéro receveur et la conservation de la trace.
  4. Prévenez la plateforme d'échange depuis laquelle vous avez envoyé. Son équipe conformité peut marquer l'adresse destinataire et geler les avoirs s'ils reviennent chez elle.
  5. Déposez plainte.

Où porter plainte

Le commissariat de police

Les unités territoriales de la Sûreté nationale sont les commissariats de sécurité publique et les commissariats centraux, dont la DGSN harmonise les méthodes en matière de procédure pénale. C'est le point de départ normal d'un dossier d'escroquerie en ligne. Venez avec une pièce d'identité et toutes vos pièces, imprimées si possible ou sur clé USB.

Une plainte qui dit seulement « j'ai été arnaqué sur internet » ne tient pas une enquête : ce sont les adresses, les hash et les numéros de transaction qui la font tenir.

Deux choses avant de partir. Il n'existe pas de dépôt de plainte en ligne au Cameroun. Et les numéros qu'affiche la DGSN ne sont pas des guichets de plainte : le 1500 est un « numéro d'utilité publique » rattaché au cabinet du Délégué général ; le 117 est Police Secours, pour une intervention immédiate. La DGSN dit elle-même de se rendre « dans l'unité de Police la plus proche ».

La brigade de gendarmerie

Hors des grandes agglomérations, c'est la brigade de gendarmerie qui reçoit la plainte, et elle a la même valeur : le procès-verbal est dressé puis transmis au Procureur. N'attendez pas de pouvoir « monter à Douala ».

La Police Judiciaire, et pourquoi il n'y a pas d'unité cyber

L'organigramme que la DGSN publie elle-même énumère huit directions centrales. Aucune n'est consacrée au cyber : le mot n'y figure pas une seule fois. Le Cameroun n'a donc pas d'unité de police cyber où déposer plainte, et il ne faut pas en chercher une.

Ce qui existe est plus utile qu'il n'y paraît : la Direction de la Police Judiciaire comprend une Sous-Direction des Enquêtes Économiques et Financières, qui diligente les enquêtes sur les faits à caractère économique et financier et tient le fichier national de la criminalité économique et financière. Ce n'est pas un accueil de victimes — votre dossier part du commissariat ou de la brigade — mais c'est l'échelon à nommer quand vous demanderez où votre plainte a été transmise.

Le Procureur de la République

La loi portant organisation judiciaire place auprès de chaque Tribunal de Première Instance un parquet dirigé par un Procureur de la République : en matière pénale, et sans préjudice des droits de la victime, c'est lui qui met en mouvement l'action publique. Vous pouvez lui adresser votre plainte directement, par écrit — voie à privilégier quand un premier dépôt n'a rien donné, ou quand le montage touche plusieurs victimes. Joignez des copies, pas les originaux.

Si vos ressources sont insuffisantes, une commission d'assistance judiciaire siège auprès des tribunaux : en 2024, elle a accordé l'assistance dans 58,82 % des demandes, selon le ministère de la Justice.

ANTIC et CIRT : ce qu'ils font, et ce qu'ils ne font pas

L'Agence nationale des technologies de l'information et de la communication est chargée de la veille, de l'assistance et de la coordination en cybersécurité. Elle opère le CIRT, joignable au numéro vert 8202, à [email protected] et via cirt.cm. Sa liste d'incidents déclarables par un particulier nomme l'arnaque aux faux investissements et la fraude par Mobile Money.

Le signalement sert à quelque chose : le CIRT fait de l'investigation numérique — acquisition et analyse de preuves, y compris pour des litiges portés au tribunal.

Ce qu'il ne fait pas : ouvrir une procédure pénale à votre nom, ni récupérer votre argent. L'ANTIC le dit elle-même — en cas de pertes financières importantes, il faut porter plainte auprès des forces de l'ordre.

Les pièces à réunir

  • Une pièce d'identité
  • Les adresses de portefeuille vers lesquelles vous avez envoyé
  • Le hash (TXID) de chaque transaction, avec la date et l'heure
  • Les captures intégrales des conversations, pas des extraits
  • L'URL exacte de la plateforme ou de la publicité
  • Les reçus MoMo ou Orange Money, avec le numéro du bénéficiaire
  • Les relevés bancaires et justificatifs d'achat des cryptos
  • Les noms, numéros et e-mails de vos interlocuteurs
  • Une chronologie écrite des faits

Ce que la COBAC interdit — et à qui

Beaucoup de victimes camerounaises ne portent pas plainte parce qu'elles croient avoir enfreint la loi en achetant des cryptos. C'est faux, et cette croyance protège les escrocs.

La décision COBAC D-2022/071 du 6 mai 2022 porte sur la détention, l'utilisation, l'échange et la conversion des cryptomonnaies par les établissements assujettis à la COBAC. Le Fonds monétaire international la résume ainsi : la COBAC a interdit « aux institutions qu'elle supervise » de traiter ou de détenir des cryptoactifs « sur leurs propres comptes ou sur les comptes de tiers ». Le ministère camerounais des Finances écrit de même que « cette décision engage les établissements de crédit ».

Elle ne s'adresse pas au public. Un particulier qui détient du bitcoin ne commet pas d'infraction, et avoir acheté des cryptos n'enlève rien à votre qualité de victime. L'étude du ministère des Finances de 2023 sur la crypto et les montages de type Ponzi le confirme en creux : ses recommandations visent les entreprises et la sensibilisation du public. Jamais les acheteurs.

Deux conséquences avant de payer. Aucune banque ou société de transfert camerounaise ne peut légalement traiter des cryptoactifs pour vous : une plateforme qui annonce un partenariat bancaire local décrit une opération interdite à la banque. Et aucun agrément COBAC ou BEAC n'existe pour une activité crypto — quand un site en présente un, il est faux par construction.

En zone CEMAC, l'autorité des marchés financiers est la COSUMAF, qui siège à Libreville : sa liste d'agréments permet une vérification, mais sa rubrique d'alertes était vide en septembre 2026.

Peut-on récupérer l'argent ?

Parfois. Beaucoup moins souvent que ce qu'on vous promettra.

Tout tient à une question : les fonds atteignent-ils un service soumis à des obligations de conformité — plateforme d'échange centralisée, émetteur de stablecoin, opérateur de transfert — avant d'être dispersés ? Si oui, et si une plainte existe, il y a une voie. S'ils passent par des mixeurs, elle se referme presque complètement. Le mobile money est un meilleur cas : le numéro du bénéficiaire est identifiable.

Personne ne peut vous annoncer un taux de réussite honnêtement. Quelqu'un qui le fait au téléphone, sans avoir vu une seule transaction, vous vend quelque chose.

Méfiance envers les offres de « récupération de fonds »

Quelques semaines plus tard, un contact se manifeste pour récupérer votre argent. Parfois en se disant avocat, parfois en évoquant des relations à l'ANTIC ou dans la police. On vous demande un paiement d'avance, un accès à distance à votre téléphone, ou vos douze ou vingt-quatre mots de récupération — donner cette phrase, c'est donner le reste de vos avoirs.

C'est le même réseau, ou quelqu'un qui a racheté la liste des victimes. Les signaux ne changent jamais :

  • Le contact vient d'eux, pas de vous
  • De l'argent est demandé avant toute prestation
  • Le résultat est garanti
  • On invoque des relations dans une administration

Aucune administration camerounaise ne réclame un paiement d'avance pour restituer des fonds. Si on vous demande de l'argent pour récupérer votre argent, c'est la deuxième arnaque.

Pourquoi rendre l'adresse publique

En publiant l'adresse, le hash et l'URL sur Chainabuse, vous rendez l'information accessible aux équipes conformité des plateformes d'échange, aux enquêteurs et à toute personne qui cherche ce nom avant de payer. Chainabuse est gratuit, ouvert à tous, et regroupe les signalements portant sur une même adresse : des cas isolés deviennent un schéma visible. Souvent, la personne protégée est celle qui cherche deux semaines plus tard et trouve l'avertissement.

Questions fréquentes

1. Où porter plainte pour une arnaque crypto au Cameroun ?

Dans n'importe quel commissariat ou brigade de gendarmerie — la DGSN dit elle-même de se rendre dans l'unité de police la plus proche — ou par écrit auprès du Procureur de la République près le Tribunal de Première Instance. En parallèle, signalez à l'ANTIC au 8202.

2. L'ANTIC peut-elle récupérer mon argent ?

Non. L'ANTIC et son CIRT reçoivent les signalements et apportent une assistance technique, mais n'ouvrent pas de procédure pénale et ne restituent pas de fonds. Pour cela, il faut une plainte auprès de la police, de la gendarmerie ou du Procureur.

3. Est-ce que détenir des cryptomonnaies est interdit au Cameroun ?

Non pour un particulier. La décision COBAC D-2022/071 du 6 mai 2022 interdit aux établissements qu'elle supervise — banques, microfinances, établissements de paiement — de détenir, d'échanger ou de convertir des cryptoactifs. Le FMI et le ministère camerounais des Finances la lisent tous deux comme s'adressant aux établissements, pas au public.

4. L'argent est parti par MoMo ou Orange Money — que faire ?

Notez le numéro du bénéficiaire et la référence avant d'appeler qui que ce soit, puis demandez à l'opérateur le signalement du numéro receveur et la conservation de la trace. N'attendez pas de remboursement : ce numéro donne à l'enquête un point d'accroche.

5. Le 1500 ou le 117 suffisent-ils ?

Non. Le 1500 est le numéro d'utilité publique de la DGSN, rattaché au cabinet du Délégué général ; le 117 est Police Secours, pour une intervention immédiate. Ni l'un ni l'autre n'enregistre de plainte : il faut se présenter dans une unité de police ou une brigade.

6. Ça vaut la peine de déposer pour un petit montant ?

Oui. Ces montages fonctionnent en volume : un même numéro mobile money encaisse les fonds de dizaines de victimes, et votre dossier peut rattacher votre cas à un ensemble déjà ouvert.

7. Signaler sur Chainabuse remplace-t-il la plainte ?

Non, et les deux sont utiles. La plainte ouvre l'enquête au Cameroun. Le signalement sur Chainabuse rend l'adresse visible pour les plateformes d'échange et les enquêteurs de tous les pays, sans attendre la procédure.

Signalez l'adresse de portefeuille sur Chainabuse — c'est gratuit et ça prend quelques minutes.

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