Arnaque crypto en Côte d'Ivoire : où porter plainte et que faire
Si vous venez de vous faire arnaquer avec des cryptomonnaies en Côte d'Ivoire, faites deux choses le jour même : déposez plainte, et publiez les adresses de portefeuille qui ont reçu vos fonds.
La plainte ouvre l'enquête judiciaire. La publication de l'adresse agit tout de suite : elle devient visible pour les équipes conformité des plateformes d'échange, pour les enquêteurs, et pour la prochaine personne qui s'apprête à payer au même endroit. Aucune des deux ne remplace l'autre.
Le temps travaille contre vous. Plus tôt les adresses et les hash sont documentés, plus il reste une chance qu'une plateforme gèle les fonds.
L'essentiel
- La plainte se dépose à la PLCC — la Plateforme de lutte contre la cybercriminalité, à Abidjan-Cocody — ou dans n'importe quel commissariat ou brigade de gendarmerie, qui transmet le dossier au Procureur de la République, que vous pouvez aussi saisir directement.
- Vous pouvez porter plainte pour n'importe quelle infraction, quel qu'en soit l'auteur, et le ministère de la Justice précise qu'une plainte verbale est valable. Pas besoin de savoir qui vous a escroqué, ni de faire rédiger un document.
- Il n'existe pas, à ce jour, de dépôt de plainte en ligne opérationnel pour la cyber-escroquerie en Côte d'Ivoire. Il faut se déplacer.
- Aucun agrément crypto n'existe dans l'UMOA. Une plateforme qui affiche un « agrément BCEAO » ou un « agrément AMF-UMOA » vous ment, et cela suffit à conclure.
- Sans adresses de portefeuille, hash de transaction et captures d'écran complètes, la plainte reste une déclaration sans matière.
Les premières heures
Arrêtez d'envoyer de l'argent. La plupart des victimes font un dernier transfert parce qu'on leur réclame des « frais de déblocage » pour libérer un retrait. Cet argent-là ne revient jamais.
Ensuite, dans cet ordre :
- Relevez les adresses de destination et le hash (TXID) de chaque transaction. Ils figurent dans l'historique de votre portefeuille ou de votre plateforme d'échange. C'est la pièce la plus importante du dossier.
- Capturez tout avant que ça disparaisse. Conversations WhatsApp et Telegram intégrales, profil de la personne qui vous a contacté, site de la plateforme, tableau de bord de vos prétendus gains. Ces sites ferment en quelques jours.
- Prévenez votre banque et votre opérateur de mobile money. Notez le numéro du bénéficiaire et la référence de transaction avant d'appeler, puis demandez la conservation de la trace. Un numéro local donne à l'enquête un point d'accroche que n'offre pas une adresse crypto.
- Prévenez la plateforme d'échange depuis laquelle vous avez envoyé. Son équipe conformité peut marquer l'adresse destinataire et bloquer les avoirs s'ils lui reviennent.
- Déposez plainte.
Où porter plainte
La PLCC — le guichet spécialisé
La Plateforme de lutte contre la cybercriminalité reçoit les victimes, les assiste et diligente des enquêtes : faux placements, broutage, usurpation d'identité, fraude bancaire en ligne. Son chef de département, le commissaire Marcellin Dougba, en donne le volume sur le portail du gouvernement — plus de 6 000 plaintes en 2022, 8 000 en 2023, 12 000 en 2024.
« Tout citoyen peut venir porter plainte physiquement dans les locaux de la PLCC », dit-il. Venez avec une pièce d'identité et l'intégralité de vos pièces, imprimées ou sur clé USB.
L'ANSSI Côte d'Ivoire, dont la PLCC est un département, publie sur son site officiel une implantation à Abidjan-Cocody, l'adresse [email protected] et le +225 27 22 48 97 77. Ce sont les seules coordonnées publiées sur un domaine .gouv.ci ; les autres numéros qui circulent ne sont confirmés nulle part.
Un mot sur le dépôt en ligne, parce que beaucoup y perdent une soirée : l'ANSSI annonce un formulaire de déclaration d'incident ouvert aux particuliers, mais la section était encore marquée « EN COURS DE DÉVELOPPEMENT » en septembre 2026 et signalement.anssi.ci renvoyait un service indisponible.
Un commissariat de police ou une brigade de gendarmerie
Vous n'êtes pas obligé d'être à Abidjan pour agir. La plainte peut être reçue dans n'importe quel commissariat ou brigade de gendarmerie, qui transmet ensuite le dossier au Procureur de la République. Si vous êtes à Bouaké, Korhogo, San Pedro ou Daloa, déposez là où vous êtes — mais une plainte qui dit seulement « on m'a arnaqué sur internet » ne tient pas une enquête.
Le Procureur de la République
Le ministère de la Justice indique que la plainte se porte devant le Procureur de la République ou devant le juge de la section de tribunal, et que les commissaires de police et commandants de brigade qui la reçoivent lui transmettent le dossier. Écrire directement au Procureur est donc la voie à privilégier si un premier dépôt n'a pas abouti.
Ce qui a changé en 2024 : l'ANSSI
Le paysage a été redessiné récemment, ce qui explique pourquoi les informations en ligne se contredisent. Jusqu'en 2024, la cybersécurité ivoirienne était répartie entre l'ARTCI, le régulateur des télécoms, et le CI-CERT. Le décret n° 2024-958 du 30 octobre 2024 a créé l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI), qui a repris les activités de cybersécurité de l'ARTCI.
Un détail de ce décret compte pour vous. L'ANSSI relève du ministre de la Transition numérique pour la gouvernance, mais du ministre chargé de la Sécurité pour les faits susceptibles de qualification pénale, et ses missions incluent « lutter contre la cybercriminalité ».
Votre dossier n'est donc pas un incident technique à faire remonter : c'est une affaire pénale, et elle se dépose à la PLCC ou au commissariat le plus proche.
Les pièces à réunir
- Une pièce d'identité
- Les adresses de portefeuille vers lesquelles vous avez envoyé
- Le hash (TXID) de chaque transaction, avec la date et l'heure
- Les captures intégrales des conversations, pas des extraits
- L'URL exacte de la plateforme, du profil ou de la publicité
- Les reçus de transfert mobile money, avec le numéro du bénéficiaire
- Les relevés bancaires et justificatifs d'achat des cryptoactifs
- Les noms, numéros et e-mails de vos interlocuteurs
- Une chronologie écrite : premier contact, chaque versement, dernier échange
À vérifier avant d'envoyer de l'argent — et ce que ces institutions ne feront pas
La position de la BCEAO
La Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest appelle publiquement à la prudence : les cryptoactifs ne sont ni une monnaie ni un produit réglementé dans l'UMOA, et le cadre juridique est encore en préparation. Puisqu'aucun agrément crypto n'existe dans l'Union, aucune plateforme ne peut en détenir un — quand un « conseiller » vous montre un agrément BCEAO, le document est faux par construction.
En revanche, la BCEAO ne traite pas de dossiers individuels. Lui écrire ne fait pas avancer votre affaire.
L'AMF-UMOA n'est pas l'AMF française
L'Autorité des marchés financiers de l'Union monétaire ouest-africaine, créée le 3 juillet 1996 et longtemps connue sous le nom de CREPMF, régule le marché financier régional. Elle agrée les intervenants — sociétés de gestion et d'intermédiation, gestionnaires de fonds, apporteurs d'affaires, démarcheurs — et protège l'épargne investie en valeurs mobilières et en tout autre placement donnant lieu à appel public à l'épargne.
Elle instruit bien les plaintes relatives aux manœuvres préjudiciables aux droits des épargnants. Mais lisez son périmètre : valeurs mobilières et appel public à l'épargne. Une plateforme qui ne vendait que de la crypto n'entre pas dedans, et votre dossier n'est donc pas le sien.
Attention au sigle : c'est aussi celui de l'AMF française, et la « liste noire de l'AMF » qu'on vous cite au téléphone est française, sans portée en Côte d'Ivoire.
Peut-on récupérer les fonds ?
Parfois. Beaucoup plus rarement qu'on ne le raconte.
Tout dépend d'une question : les fonds atteignent-ils un service soumis à des obligations de conformité — plateforme d'échange centralisée, émetteur de stablecoin, opérateur de transfert — avant d'être dispersés ? Si oui, et si une plainte existe, il y a une voie. S'ils passent par des mixeurs, elle se referme presque entièrement.
Personne ne peut vous annoncer un taux de réussite honnêtement. Le chef de la PLCC lui-même s'y refuse : interrogé sur la proportion d'affaires résolues, il répond qu'une enquête n'a pas de délai et qu'on ne peut donc pas la quantifier. Quelqu'un qui vous garantit un résultat au téléphone, sans avoir vu une seule transaction, vous vend quelque chose.
Méfiance envers les offres de « récupération de fonds »
Quelques semaines après les faits, un contact se présente pour récupérer votre argent. Parfois en se disant avocat, parfois en évoquant des relations à la PLCC. On vous demande un paiement d'avance, un accès à distance à votre téléphone, ou vos douze ou vingt-quatre mots de récupération — donner cette phrase, c'est donner le reste de vos avoirs.
C'est le même réseau, ou quelqu'un qui a racheté la liste des victimes. Les signaux ne changent pas :
- Le contact vient d'eux, pas de vous
- De l'argent est demandé avant toute prestation
- Le résultat est garanti
- On invoque des contacts à l'intérieur d'une administration
Aucune administration ivoirienne ne réclame un paiement d'avance pour vous restituer vos fonds. Si on vous demande de l'argent pour récupérer votre argent, c'est la deuxième arnaque.
Pourquoi rendre l'adresse publique
Une enquête avance au rythme de la procédure. Un signalement public, lui, agit tout de suite.
En publiant l'adresse, le hash et l'URL sur Chainabuse, vous rendez l'information accessible aux équipes conformité des plateformes d'échange, aux enquêteurs et à toute personne qui cherche ce nom avant de payer. Chainabuse est gratuit, ouvert à tous, et regroupe les signalements portant sur une même adresse : des cas isolés deviennent un schéma lisible.
Souvent, la personne protégée n'est pas celle qui signale, mais celle qui cherche deux semaines plus tard et trouve l'avertissement.
Questions fréquentes
1. Où porter plainte pour une arnaque crypto en Côte d'Ivoire ?
À la PLCC, la Plateforme de lutte contre la cybercriminalité, qui reçoit les victimes sur place à Abidjan-Cocody. L'ANSSI Côte d'Ivoire, dont la PLCC est un département, publie l'adresse [email protected] et le +225 27 22 48 97 77. Vous pouvez aussi déposer dans n'importe quel commissariat ou brigade de gendarmerie, ou écrire au Procureur de la République.
2. Peut-on porter plainte en ligne en Côte d'Ivoire ?
Pas pour l'instant. Le formulaire de déclaration d'incident de l'ANSSI Côte d'Ivoire était encore marqué « en cours de développement » en septembre 2026 et signalement.anssi.ci renvoyait un service indisponible. Le dépôt se fait en personne.
3. Faut-il un avocat ou avoir identifié l'escroc pour porter plainte ?
Non, ni l'un ni l'autre. Le ministère de la Justice précise que la plainte est recevable pour n'importe quelle infraction, quel qu'en soit l'auteur, et qu'elle peut valablement être formulée verbalement — l'écrit est simplement préférable. Identifier la personne derrière le faux conseiller est le travail de l'enquête, pas une condition d'entrée.
4. L'argent est parti par mobile money — que faire ?
Notez le numéro du bénéficiaire et la référence de la transaction avant d'appeler qui que ce soit, puis demandez à l'opérateur la conservation de la trace. N'attendez pas un remboursement de sa part : ce numéro sert à donner à l'enquête un point d'accroche, et il est souvent plus exploitable qu'une adresse crypto.
5. La BCEAO ou l'AMF-UMOA peuvent-elles récupérer mon argent ?
Non. La BCEAO ne traite pas de dossiers individuels. L'AMF-UMOA instruit bien les plaintes des épargnants, mais son périmètre couvre les valeurs mobilières et l'appel public à l'épargne : une plateforme purement crypto n'y entre pas. Seule la voie pénale peut mener à une restitution.
6. Ça vaut la peine de déposer pour un petit montant ?
Oui. Ces montages fonctionnent en volume et une même adresse reçoit les fonds de dizaines de victimes. La PLCC a enregistré plus de 12 000 plaintes en 2024 : votre dossier peut rattacher votre cas à un ensemble qu'elle connaît déjà.
7. Signaler sur Chainabuse remplace-t-il la plainte ?
Non, et les deux sont utiles. La plainte ouvre l'enquête en Côte d'Ivoire. Le signalement sur Chainabuse rend l'adresse visible pour les plateformes d'échange et les enquêteurs de tous les pays, sans attendre la procédure.
Signalez l'adresse de portefeuille sur Chainabuse — c'est gratuit et ça prend quelques minutes.